vendredi, novembre 11, 2011

Rencontre avec Cadaujac le 10 novembre


QUEL RAFFUT !


De mémoire vive de coach, nous n'avions jamais vu cela ! Pensez donc, 29 Old Blacks se pressaient, ce jeudi soir, veille de la commémoration de l'armistice, afin de disputer notre première rencontre de la saison sur notre pelouse fétiche. 29 ! Et encore, manquaient pour diverses raisons pas moins de 14 bonshommes : Ischio, Wonder, the Bank (reconverti en photographe chic et choc, photos visibles sur le blog), Carl, Nico, Minimoys, Mimi, p'tit Jean, Laulau, Stéphane 176 km/h, Fano, David, Frontline, Wilkinson, ce qui, tout bien pesé, nous donnerait pas moins de 43 licenciés à gérer sur un match ! Autant dire un véritable casse-tête. Première résolution, aligner deux équipes par mi-temps.
Composition du XV de départ, version 1 = Campet, Benoît, Willy / Yannick, Zizou / Romano, Chipiron, Fred / P'tit Lolo (m) / Dudule (o)(cap) / Jean, Moun, Brian, Momo / Forest.
Notons une belle assistance parmi le public venu nombreux, ce qui fait toujours plaisir, un public qui ne ménagea ni ses commentaires devant la prestation des vieux noirs ni ses encouragements au plus fort de la furia cénacaise.
Saluons tant que l'on y est aussi, l'excellent état d'esprit de nos adversaires d'un soir, même si ce n'est pas nouveau tant entre les deux équipes se sont tissés des liens amicaux propres aux valeur de l'Ovalie.
Début de la rencontre sifflé par un poussin jaune de 120 kg, façon Wallaby, le bien nommé Mister 6 T Matic, qui n'a plus assez de tête pour coiffer toutes les casquettes : président émérite, coach écouté, arbitre respecté, joueur craint et animateur invétéré de troisième mi-temps.
D'emblée, les Old Blacks affichent de belles dispositions. Débats équilibrés. Quelques fautes de main entachent déjà l'aboutissement de certaines séquences. Déjà l'arbitre n'hésite pas à nous sanctionner. Déjà Beck s'échauffe dans l'en-but adverse. Sur un ballon perdu et tombé dans leur 40 par des Cadaujacais un brin dominés, Forest s'empare du cuir et va aplatir en terre promise, au bout de dix minutes de jeu. Généralement, quand Forest a un tel boulevard devant lui, rien ni personne ne peut l'arrêter, preuve que la santé mentale de son genou est revenue au beau fixe. Au loin, Beck en prend de la graine, lui qui succèdera à la bête de Gévaudan en seconde partie.
William nous quitte, le genou et le coeur en bandoulière avec peut-être en bouche le sentiment âcre d'une fin de carrière. Salut à toi le roi de la feinte de passe, salut à toi le pionnier présent depuis la création de la section.
À peine le temps de se curer le nez, que l'insatiable Forest remet les gaz (un peu comme Chipiron avant-match qui a le don d'embaumer les vestiaires avec son gaz à combustion lente mais odorante). Sur une action pleine de conviction partie sur l'aile de Momo, le jeu se déploie après un point de fixation vers le grand large ou Forest trouve la brèche parmi l'océan de défenseurs adverses en transperçant le rideau d'embruns pour déposer l'obole en terre promise. Déjà Beck, qui s'échauffe toujours, perd les quelques cheveux qui lui restent en se demandant « comment vais-je pouvoir faire mieux, à ma façon, avec mon style et mes innombrables qualités ? ».
Moun, impérial hier comme un bus londonien, met un genou à terre, le pif en sang et demande, d'un air affolé, assez rare chez ce Landais au faciès généralement peu enclin à trahir ces sentiments : « il est comment mon nez ? » Les répliques des partenaires accourus, méritent le détour : « Ton quoi ?, on le voit plus ! » dit l'un, « Ben au milieu du visage »  réplique un autre, tandis qu'un autre, plus facétieux rajoute : « Tout dépend ce qu'on appelle milieu ! ». Au final, Moun finira aux urgences à poireauter trois heures pour une radio qui ne viendra jamais ..
En fin de premier acte, Forest décidément intenable, s'arrache une nouvelle fois au prix d'un bel enchainement pour de nouveau aplatir entre les perches, selon le fameux adage propre à Play Boy « Y tres mas » mais l'arbitre, après concertation avec son juge de touche (Tiburce) invalide l'essai pour un supposé passage en touche. Je précise, quand Forest part pour une de ces chevauchées fantastiques dont il a le secret, ses partenaires s'arrêtent de jouer car ils savent très bien qu'il ira au bout. Et puis il est déjà si loin ! Ce qui fait que pendant ce temps, les uns vont embrasser maman et fiston le long de la main courante, les autres font un saut au club-house pour s'enquiller une mousse, d'autres vont soulager leur vessie (vous connaissez l'histoire de Chipiron, accroupi dans les vignes, prit d'une envie irrépressible de déféquer ? On vous la racontera, un autre jour ...), les autres uns s'en grillent une derrière le tableau d'affichage. Beck vient me voir : « Il reste combien coach ? », « trois minutes mon garçon », « bon allez, je vais m'échauffer ! » réplique-t-il le teint livide, le regard las, le teint blafard, le geste tremblant. « Dis Beck, fais retomber la pression, ce n'est qu'un match », « oui, mais là, j'ai pas le temps, faut que je m'échauffe ! ».
La mi-temps est sifflée sur le score de 2 / 0 en notre faveur. Saluons le 174 526 ème match de Jean sous les couleurs du club. Un peu de dispersion se fait sentir lors de la dégustation des oranges, un véritable capharnaüm, un joyeux bordel, comme si on avait déjà gagné la partie. Séance de recadrage.
Composition de l'équipe du second acte : GPS, Campet, Play Boy / le Poulpe, Fred / Chevron, Romano, Cruchot / Nono (m) / La teigne (o) / Pierre, la Diane, Ludo, Nicolas / Beck. Jipi, tout juste remis d'une fracture d'un doigt jouera l'électron libre en jouant pilier et centre, mais ne marquera toujours pas d'essai après 7 ans de présence parmi nous ...
On ne joue pas depuis 7 minutes que Fred (avis pour le casting de la saison prochaine : plus aucun Fred ne sera accepté, y en a marre de ce prénom que porte 4 d'entre-vous !), Fred l'immense, presque 2 mètres, l'imposant, presque 48 kg, le charmant, casque à l'ancienne et des longs cheveux bruns dévalant en cascade sur sa nuque laiteuse, s'offre un raid de presque 50 mètres, ballon en main, rageur, époustouflant et s'en va anéantir les derniers espoirs cadaujacais en s'affalant dans l'en-but au prix d'une incroyable percée pour un seconde ligne. La messe est dite.
Logiquement, la conviction des Blacks va s'émousser qui vont subir les assauts répétés de nos adversaires aux dispositions bien mal récompensées. L'arbitre nous sanctionne à tout-va, l'équivalent de 38 pénalités contre nous, 3 contre Cadaujac ! Les Cénacais, un peu apathiques se font haranguer par Play Boy promu lanceur de pizzas ce jeudi. Beck se manifeste par une percée plein champ plein d'à-propos, initiée dans notre camp, tandis que la Diane quitte l'aire de jeux victime d'un coup dans les cotes ou le dos. Le jeu perd en intensité malgré quelques séquences prometteuses, jusqu'à ce que Ludo ne déchire la nuit d'un déboulé énergique au centre du terrain qui l'amène lui aussi, au prix d'une magnifique cavalcade derrière la ligne d'essai. 4 / 0. Ce sera le score final.
Ludo, définitivement occis mettra dix minutes avant de récupérer, Beck jouera les fantômes dans les vapeurs filandreuses d'une nuit de pleine lune, Nicolas étrennera sa première cape, Pierre nous démontrera une habileté manuelle assez rare, Nono, notre fidjien de retour après une année sabbatique donnera de la voix que l'écho nous rapportera, P'tit Lolo nous assénera des commentaires bien sentis durant sa mi-emps de repos, Chevron lui aussi de retour avec des rotules neuves, aussi neuves que l'acquisition de sa dernière DS sur le bon coin humera l'air océanique et terreux de la plaine des sports avec gourmandise, Romano notre diamant brut, confiné aux tâches obscures n'aura pas particulièrement brillé de l'éclat qui est d'ordinaire le sien, GPS aura retrouvé l'itinéraire du pack sans contestation, Chipiron fan d'Annie Cordy nous aura encore fait sa crise de tachycardie, Zizou sera quant à lui bien présent aux agapes de la troisième mi-temps, c'est quand même plus facile quand le resto se situe à la sortie des vestiaires !, Campet pour sa part ressemble de plus en plus en Cacaunibuca, avec cette tronche qui, irrémédiablement, avec l'âge, s'enfonce de plus en plus entre les deux épaules. Deux petites anecdotes. Cruchot vitupérant qu'il « avait du attendre 40 ans pour se retrouver remplaçant », ben mon vieux, après ta prestation d'hier soir, il y a des chances que cela se reproduise !, et je ne pourrai passer sous silence la folle percée du Poulpe, pas de l'oie façon Cruchot justement, épaules de déménageur, foulées de passe-partout, et surtout, surtout, un magnifique raffut sur l'impétrant ayant eu le mauvais goût de lui faire obstacle. Et quand je dis raffut, pas un raffut de minimes ... Z'avez vu ses pognes déjà au Poulpe ? Ben la, ballon calé à droite, raffut de la main gauche qui t'englobe tout le visage, avec ces milliers de doigts bien compacts, doigts qui se resserrent sur ton faciès endolori, anesthésié, doigts qui ne relâchent pas leur étreinte, et toi qui n'a plus la lumière à tous les étages, toi qui te vois emporté par cette tornade, toi pauvre victime d'un raffut peu conventionnel et d'ailleurs sanctionné par une énième pénalité de notre referee australien.
Fin de match. Beck à peine essoufflé revient me voir : « Bon, c'est pas tout, mais je vais ... m'échauffer ! » Mouais. Il est vrai que les statistiques ne plaident pas en sa faveur : une passe transmise, aucune de reçue (l'a pas d'ami ou quoi ?), 145 km de course à vide, un sens de l'orientation aléatoire et un placement sujet à caution.
Fin de partie. Victoire convaincante. Et prometteuse. Qui en appellera beaucoup d'autres. Assurément. Enfin une saison riche de promesses. Et de franches rigolades !
Votre dévoué.

The Touch

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